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Les PVVIH aînées: des pratiques qui brisent l’isolement et améliorent la qualité de vie

Ce texte se veut un outil de pour inspirer les pratiques déjà bien fondées pour assurer une longévité en santé tout en améliorant la qualité de vie des personnes aînées vivant avec le VIH. Pour ce premier communiqué semestriel, nous aimerions mettre en lumière six exemples de recherches scientifiques récentes, dont trois axées sur l’amélioration de la qualité de vie (les points 1 à 3 relèvent largement d’interventions non-pharmaceutiques) et trois en lien avec les traitements ou la prévention des troubles associés au vieillissement (les points 4 à 6).

  1. La solitude et le vieillissement
  2. Le chemsex chez les hommes de la diversité sexuelle et de genre de 55 ans et +
  3. La cohabitation à longue durée des aîné.e.s de la diversité sexuelle et de genre: aussi avantageux pour les PVVIH
  4. Certains symptômes du vieillissement accéléré attribués à la génétique et non pas à l’infection du VIH en soit
  5. Avancées dans le domaine neurocognitif
  6. La prévention de chutes chez les aînées: une question de polypharmacologie

Mais avant tout ça, nous proposons une définition relativement nouvelle du mot. Alors qu’il existe un consensus scientifique formel sur la définition du vieillissement – qu’une personne peut se dire aînée lorsqu’elle atteint l’âge de 55 ou plus – selon la recherche de Dre. Marie-Josée Brouillette, professeur émérite de McGill, enquêtrice principale de l’étude COMO sur la santé neurocognitive des PVVIH et auteure de l’influent article « Alone, there is nobody » (PloS one, avril 2023), le phénomène du vieillissement aurait un élément social important au-delà du simple âge numérique.

Le facteur déterminant relève du moment où la personne devient réfractaire à socialiser avec de nouvelles personnes et que cette aversion devienne son état affectif permanent.

Seuls les barrières à la mobilité physique ou un manque d’adhésion au traitement antirétroviral ont plus d’impact sur la santé à longue durée des PVVIH que les effets d’une solitude née d’un désir sournois d’isolement qu’on pourrait appeller le prodrome même du vieillissement (en excluant la présence d’autres maladies, bien entendu). Peu importe l’âge à laquelle se manifeste cette aversion à socialiser, elle débute un processus que nous avons la capacité de contrebalancer, malgré les nombreux défis auxquels les aînées vivant avec le VIH font face.

Certaines recherches récapitulées ci-dessous comprennent déjà des suggestions de solutions, alors que d’autres ouvrent la voie vers les aspects de santé des PVVIH qui méritent une attention particulière au futur.


  1. Les astuces pour atténuer la solitude et ainsi se sentir aussi jeune que l’on peut comme PVVIH de toute âge:

La recherche Alone, there is nobody (PloS ONE, 2023) de la docteure Marie-Josée Brouillette a tiré une puissante liste de recommandations concertées:

  • les activités de groupe en présentiel ont eu le plus d’impact sur le sentiment d’appartenance (diminution du sentiment d’être seul) chez les PVVIH de 55 et + mettant l’accent sur l’activité physique tout en respectant les limites de mobilité réelles.
  • les personnes aînées n’aiment pas participer aux activités étiquetées comme étant destinées explicitement aux “aînées” (Note de langage plus inclusif visant les personnes résidentes, PVVIH, participant.e.s, etc. ayant 55 ans et plus);
  • Le prodrome du vieillissement, avant même le constat de symptômes cardiovasculaires, métaboliques ou neurologiques – c’est le fait que l’individu devienne réfractaire à la socialisation, c’est-à-dire qu’elle commence à éviter les occasions de rencontrer de nouvelles personnes. Que ce soit avec les activités en présentiel intégrés comme la base de la programmation, ou en explorant d’autres pistes d’intervention peut-être délaissées depuis la pandémie COVID-19, ce fait pourrait nous motiver à mettre nos ressources pour briser l’isolement vers des personnes qui ne paraissent pas encore «vieillissantes» mais qui manifestent cette aversion indéniable.

2. Recherche qualificative concernant les hommes de la diversité sexuelle et de genre vivant avec VIH (Deslandes-Leduc) et présentée sous forme de panel avec Gui Tardif, Anthea Dalle et Yannick Gaudette au Sommet du CBRC en novembre 2025 attitré «Réflexivité et positionnalité en recherche participative: regard croisés sur le chemsex chez les personnes de 55 ans et plus»

(avec les collaborateur.rice.s Anthea Dalle, Yannick Gaudette et Gui Tardif)

Sujets abordés:

  • Consommation: le chemsex de plus en plus répandu, voire normalisé malgré la stigmatisation des substances associées aux pratiques sexuelles pnp (le crystal meth, le GHB, kétamine, poppers, etc.); ces pratiques constituent souvent une réponse aux sentiments de solitude et au poids du deuil. 
  • Deuil: de la perte d’amis et partenaires à l’époque de la crise du sida, ou plus récemment (des conjoints, parents, amis), les PVVIH éprouvent un sentiment de deuil permanent, des fois, auquel les hommes sont particulièrement aptes à pallier avec la consommation ou en évitant d’interagir avec les gens nouvelles.  
  • Le sentiment d’exclusion auto-entretient un cycle des deux phénomènes précédents: la consommation peut engendrer l’exclusion sociale, ce qui réitère le défi que la personne essaie d’éviter (le deuil). Nuance: on ne nie pas dans ces études (toujours en cours) que la consommation peut aussi avoir lieu dans des contextes qui créent un sentiment de connexion avec les autres.

3. Grande probabilité que la cohabitation entre PVVIH aînées présente autant d’avantages quant à la qualité de vie que les avantages déjà prouvés de la cohabitation LGBTQ+ (Robinson/Matamoros, 2023)1. Ceci est un sujet que nous aimerions explorer plus en profondeur, en incorporant le contenu riche et divers des récents colloques de la Fondation Émergence sur les personnes 2SLGBTQIA+ aînées et l’intersection du bien-vivre avec VIH dans notre prochain communiqué sur cette communauté de moins en moins jeune et de plus en plus significative.


4. Les chercheurs en médecine de l’Université de Montréal, Madeleine Durand et Andrés Finzi, découvrent qu’une maladaptation génétique serait la cause du vieillissement accéléré chez une minorité significative de PVVIH. Diffusés dans un article scientifique du prestigieux journal The Lancet2 en 2025, et partagés depuis 2023 dans des conférences locales et internationales, leurs résultats confirment ce qu’on observe déjà depuis plus de dix ans: certains déclins neurocognitives ou métaboliques ou cardiaques observés chez le tiers des PVVIH ne sont pas attribuables à une simple infection au VIH lorsque celle-ci est contrôlée par un traitement ARV adéquat. Le vieillissement accéléré serait attribué à la surproduction d’une glycoprotéine soluble (le fameux sgp120) du système immunitaire, une différence héréditaire qui ne semble pas être dûe à l’infection au VIH mais qui peut être catalysée par celle-ci.

  • Malheureusement, cette découverte implique que certains d’entre nous sont born that way; alors, clairement des mesures pour alléger les symptômes du vieillissement pourront s’appliquer tout en respectant les protocoles de la polypharmacologie.
  • Recommandez aux PVVIH de demander à leur médecin si toutes ses ordonnances se marient bien, surtout si elles sont suivies par un.e nouvel.le omnipraticien.ne ou spécialiste du VIH (c’est-à-dire, si elles ont récemment changé de médecin).

5. Et c’est vrai: le déclin neurologique associé à l’infection au VIH dans les premières décennies de la pandémie n’est plus autant observé depuis l’adoption massive du traitement précoce assurant une indétectabilité à long terme (serait-ce à cause du fait que ceux-ci auraient moins d’effets secondaires graves et ainsi la plupart des PVVIH devraient avoir moins d’interruptions de traitement?). On en parle à la conférence scientifique CROI cette année3 et généralement la tendance est observée depuis 2022. Party on, Brain! Ce constat n’ignore pas le fait que la coïncidence de trois comorbidités –  l’âge, le VIH et le syndrome métabolique – semble être associée à un certain déclin des capacités cognitives, malgré tout.4


6. Attention aux chutes: possible lien avec la polypharmacologie ou une consommation aiguë: encourageons la PVVIH de signaler de manière plus transparente auprès de son médecin si elle prend d’autres médicaments que ceux qui lui sont prescrits, ou si elle y mélange des drogues, légales ou autres, si elle s’y sent à l’aise.5 Il semblerait avoir un lien entre le fait de prendre trop de médicaments ou substances et le risque de blessure dûe à une chute,6 selon la chercheure en sciences infirmières, Marie-Ève Gagnon de l’Université du Québec à Rimouski.


RÉFÉRENCES

Austin-Keiller A., Brouillette M.-J. et al. “Alone, there is nobody »: A qualitative study of the lived experience of loneliness in older men living with HIV.PloS one vol. 18,4 e0277399. 14 Apr. 2023

Quigley A, Brouillette M.-J., Fellows LK, Mayo N. Action for better brain health among people living with HIV: protocol for a randomized controlled trial”. BMC Infect Dis. 2021 Aug 20;21(1):843. Traduction titre: «Protocole des essais comparatifs aléatoires pour évaluer le développement neurocognitif des PVVIH»

Benlarbi M, Durand M., Finzi A. et al. “CD4 T cell counts are inversely correlated with anti-gp120 cluster A antibodies in antiretroviral therapy-treated PLWH”. The Lancet HIV eBioMedicine, 2025; 118

«[CROI 2026]: Le VIH atteint le système nerveux précocement» par Heidi Splete pour European AIDS Treatment Group. Medscape 9 mars 2026


  1. Matamoros C, Robinson L. “Applied patient-level palliative care interventions designed to meet the needs of sexual and gender minorities: A scoping review and qualitative content analysis of how to support sexual and gender minorities at end of life”. Palliative Medicine. 2024;38(1) ↩︎
  2. Benlarbi M, Durand M., Finzi A. et al. “CD4 T cell counts are inversely correlated with anti-gp120 cluster A antibodies in antiretroviral therapy-treated PLWH”. The Lancet HIV eBioMedicine, 2025; 118 ↩︎
  3. “[CROI 2026]: Le VIH atteint le système nerveux précocement” European AIDS Treatement Group. Medscape 9 mars 2026 ↩︎
  4.  “Age, HIV, and Metabolic Syndrome Together Tied to Cognitive Impairment Risk” par Tedd Rudd dans MedPage Today. 26 février 2026 couvrant la présentation à la conférence de S.M. Hockney et al « Metabolic syndrome and cognitive impairment among men with and without HIV » [CROI 2026]: Denver. ↩︎
  5. «Portrait de la polypharmacie et de l’usage de médicaments potentiellement inappropriés chez les personnes âgées au Québec» INESSS, 13 mai 2024 ↩︎
  6. Gagnon M, Talbot D, Simard M. et al. “Polypharmacy as a Simple Measure for Assessing the Risk of Fall-Related Hospitalization in Older Adults” American Journal of Preventive Medicine, 2025; 70 ↩︎

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