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Le VIH résumé en 4 aspects – Pour comprendre la situation montréalaise

Publié par la direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal le 12 mai dernier, le Portrait épidémiologique du VIH à Montréal, 2024 est rempli d’informations sur les aspects populationnels de l’épidémie du VIH pour l’année 2024. Malgré ses tableaux statistiques et figures graphiques, nous reconnaissons d’abord le caractère engagé et compréhensif du texte qui met en valeur l’humain derrière les statistiques. Notre résumé et analyse sur l’état du VIH à Montréal met en lumière quatre aspects et deux recommandations claires.

Campons d’abord une réalité importante: parmi les 675 personnes diagnostiquées à Montréal, une forte majorité (409, ou 61%) y est arrivée depuis moins d’un an, ce qui signifie que des 39 000 personnes qui immigrent ici en 20241, un peu moins d’1% vivent avec le VIH, soit une prévalence plus élevée que chez la population canadienne. Après des décennies d’accueil limitée des PVVIH (chez les personnes migrantes, le taux de séropositivité avant 20222 était 10 fois inférieur à la prévalence mondiale3), la métropole est devenue un phare. À ces PVVIH qui ont choisi Montréal comme lieu d’accueil, à vos familles et à toute personne séroconcernée d’expérience migrante, nous vous souhaitons la bienvenue!

Résumer la plus récente édition du portrait nous oblige à tenir d’une main les données locales largement prometteuses et de l’autre, les réalités des PVVIH nouvellement arrivées qui font face à des barrières bureaucratiques contradictoires quant à l’accès aux soins. La personne nouvellement arrivée fait potentiellement face au double défi d’apprendre son statut séropositif pour le VIH et de devoir composer avec un délai de carence avant d’être couvert par le système de santé.

En outre, une distinction claire a été ajoutée au portrait entre les catégories “diagnostics antérieurs”  (des personnes qui étaient donc déjà au courant de leur statut) et “premiers diagnostic”, (des personnes qui n’étaient pas au courant de leur statut). Parmi les 675 personnes diagnostiquées en 2024, ce sont 408 d’entre elles qui se trouvent parmi la première catégorie. De ce nombre, environ 10% sont dues à des personnes nées ici qui refont le test pour des raisons inconnues. Plusieurs facteurs peuvent expliquer les bris de suivi médical pour les PVVIH, qui ne peuvent être résolus que par un accès grandement facilité aux soins de santé. Il n’est pas normal pour des personnes qui doivent avoir accès à un suivi médical régulier de devoir se lancer dans les dédales administratifs de notre système de santé pour avoir de nouveau accès à du personnel traitant. Il en va de la vie de ces 10% de personnes qui se retrouvent sans suivi médical optimal pour le VIH.

En somme, ce portrait révèle une année douce-amer. Si certaines données sont encourageantes (comme les nombres de diagnostics tardifs), d’autres démontrent les besoins criants de nos communautés (tel que le nombre de diagnostics chez les femmes est toujours plus élevé qu’avant la pandémie de COVID-19), alors que d’autres donnent envie d’avoir les données de 2025 dès maintenant.

Voici donc ce que nous retenons de cette édition du portrait annuel de la DRSP de Montréal.

Le nombre de nouveaux diagnostics locaux est stable, comparé à la moyenne des 10 dernières années. Il s’agit là d’une bonne nouvelle! Les années pandémiques (2020, 2021) ont créé un creux dans les données, et le rattrapage en cours depuis 2022, espérons-le, nous ramènera vers les tendances à la baisse dans les prochaines années. 

  • Nombre de montréalais.e.s diagnostiqué.e.s en 2024: 93
  • Moyenne sur les 10 dernières années (2015 à 2024): 93 

Diagnostics tardifs

Le taux des diagnostics tardifs s’améliore. 

Un diagnostic du VIH est jugé tardif lorsque la personne a un taux de globules blancs CD4 inférieur à 350/mml lors d’un premier dépistage, ce qui suggère que l’infection date depuis plus d’un an. Indication des fois d’un manque systémique d’accès aux soins, c’est aussi une figure clé pour évaluer l’étendue de l’adoption des mesures préventives dans la population locale.

Un sur quatre (¼) : la proportion de diagnostics tardifs [Fig.11, p.15] parmi tous les tests positifs pour le VIH en 2024 à Montréal.

Moins d’un homme sur cinq (⅕) de la diversité sexuelle et du genre nés au Canada (ou résidant ici depuis 6 ans ou plus) reçoivent un diagnostic tardif en 2024. Alors que ce chiffre ne figure pas dans le Portrait, un épidémiologiste de Santé Montréal nous a permis de connaître discrètement le pourcentage de ces hommes ‘locaux’ qui avaient un taux de CD4 inférieur à 350/mml lors du dépistage parce que cette communauté particulièrement vulnérable à l’infection au VIH est aussi dotée d’un niveau élevé de conscientisation par rapport à la réduction des risques.

Depuis le pic de 47% en 2022, on constate une baisse importante à 40% en 2023, alors on ose dire que la tendance est positive!  

Personnes migrantes

Parmi toutes les personnes diagnostiquées au VIH à Montréal en 2024, 409 sont arrivées au cours des 12 mois précédant le dépistage séropositif. 

Ce fait est considéré dans un contexte aussi riche en données qu’en recommandations: on souligne que le dépistage du VIH est obligatoire pour la plupart des personnes d’expérience migrante.  On peut se demander à quoi ressemblerait le taux de séropositivité chez les personnes nées ou établies ici depuis plus d’un an si le dépistage était plus largement offert à la population générale (tel qu’il est dans le contexte prénatal, par exemple, ou ailleurs au Canada dans les services d’urgence hospitaliers où le choix de refuser un test de VIH est devenu facultatif).

Depuis 2022, la communauté des PVVIH à Montréal a connu une période de croissance et de diversification exceptionnelle. Alors que le nombre moyen de nouveaux arrivants vivant avec le VIH pour la décennie de 2015 à 2024 (sans prendre en compte les années pandémiques 2020-20214) était de 140 personnes, depuis 2022, la moyenne annuelle augmente à 214 personnes. Deux réflexions surviennent dans ce contexte. Dans sa capacité d’hôtesse de la Conférence internationale du sida cette année-là, Montréal a fait rayonner l’expertise médicale et l’acceptation sociale dont les groupes communautaires sont des carrefours incontournables. De plus, les retombées des politiques gouvernementales, dont le Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés aussi implanté en 2022, permettent de maintenir la santé des personnes migrantes de nos communautés qui sont de moins en moins exclues pour la simple raison des coûts de traitements couteux. 

Une concomitance de cette reconnaissance et de certains facteurs nouveaux  (allègements administratifs, baisse des prix de certains traitements, puis le fameux bouche-à-oreille) contribue à cette montée relative (150%) et réelle (environ 74 PVVIH). Nous faisons écho à notre DRSP locale en soulignant que cette montée nécessite la bonification des ressources octroyées aux groupes communautaires en soutien aux PVVIH et en prévention du VIH, du VHC et des ITSS comme les 32 membres de la TOMS, dont la plupart travaille déjà auprès de nouveaux arrivants, soit selon leur mission de base ou suivant les besoins de leurs membres. 

Données basées sur le genre ou les orientations sexuelles 

Quand on s’intéresse au genre et à l’orientation sexuelle des personnes derrière les chiffres, les données de 2024 font preuve d’une continuité dans l’épidémiologie chez certains et d’une tendance à déconstruire pour d’autres. 

  • Les hommes de la diversité sexuelle et de genre comptent la grande majorité des premiers diagnostics chez les montréalais. Ce sont 72 hommes qui reçoivent un résultat positif du VIH en 2024;
  • Deux fois plus de femmes en 10 ans: le VIH chez les femmes continue sa trajectoire croissante depuis 2015. Alors que la moyenne prépandémique comptait 106 femmes par année parmi les données, les 230 femmes diagnostiquées en 2024 représentent une montée proportionnelle au nombre de personnes nouvellement arrivées qui reçoivent leur diagnostic ici;
  • Le nombre de personnes ayant contracté le VIH par moyen de transmission hétérosexuelle (345) est comparable à la moyenne des 2 années antérieures (342).

Dans tous les cas, on dénote donc un besoin immédiat de rendre accessible davantage de moyens de prévention auprès de la population générale et d’encourager l’adoption d’un dépistage régulier. 

La direction régionale de la santé publique de Montréal demande un meilleur accès aux moyens de prévention et aux traitements

À plusieurs reprises, les auteurs du Portrait revendiquent la gratuité ou l’élimination des barrières d’accès aux soins, y compris la gratuité universelle des traitements antirétroviraux et de la PrEP pour les personnes de tout statut confondu ainsi que l’élargissement des moyens d’accès à toute méthode de prévention qui figure dans les derniers protocoles.

[Pour consulter le Portrait épidémiologique du VIH à Montréal, 2024]

  1. «Immigrants in Montreal, Quebec | Annual Arrivals & Census Trends/Statistics» Canada Immigrants (11 mai 2026) basé sur publications du ministère canadien des Immigrants, réfugiés et citoyenneté ↩︎
  2.  «HIV in Canada: 2024 surveillance highlights» Santé Canada (2024) ↩︎
  3. «Global Epidemiology of HIV/AIDS: A Resurgence in North America and Europe» –Journal of Epidemiological & Global Health PMC (2021) ↩︎
  4. La moyenne est calculée selon les totaux des cas annuels de 2015 à 2019 + 2022 à 2024. Voir notre résumé et analyse de l’année 2022 (publié en 2024) pour savoir pourquoi il faut supprimer les chiffres de 2020 et 2021 ou en faire une moyenne ajustée ↩︎

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