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Portrait des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) au Québec: année 2023 et projections 2024 (2026) de l’INSPQ

Présentation des faits saillants (2023-2024)

Le Portrait des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) au Québec : année 2023 et projections 2024 (2026) est un rapport riche en détails publié par l’Institut national de santé du Québec (INSPQ). Ce rapport de surveillance provinciale incorpore des données selon des périodes définies par les standards de l’épidémiologie, alors certains tableaux de données couvrent uniquement l’année 2023, tandis que d’autres tirent des figures de 2023 jusqu’en août 2024, ce qui permet aux épidémiologistes de faire une « projection » (comme une estimation des tendances basée sur les premiers huit mois) pour l’année 2024. Ce document précède toujours la publication par Santé Montréal (la DRSP) du Portrait épidémiologique des ITSS, région de Montréal, production tant attendue pour l’année 2024 et sur laquelle la TOMS fera son résumé et analyse annuel par la suite.


EN BREF – Chlamydia, gonorrhée, syphilis, VIH et hépatite C au Québec :


La chlamydia

  1. Les jeunes âgés de 15 à 24 ans représentent 51 % de l’ensemble des cas déclarés (taux de 1 467/100K), soit 9 fois le taux d’incidence québécois.
  2. Un nombre important de cas de chlamydia chez les hommes montréalais: «Le taux d’incidence des cas déclarés chez les cas masculins est deux fois plus élevé dans la région de Montréal que dans le reste de la province (442 vs 204 cas/100K), alors que chez les cas féminins, il est relativement similaire (381 vs 353/100K).»(p.18) 

Conclusion chlamydienne

  • Encourager activement le dépistage chez les jeunes; plus de dépistage offert sur une base plus fréquente dans les écoles secondaires et collèges CÉGEP à chaque trimestre ?
  • Et pour Montréal, yes all men : essayez d’encourager le dépistage chez tous les hommes, même ceux qui sont asymptomatiques OU qui se considèrent comme étant en relation monogame.

La gonorrhée

Le nombre de cas de gonorrhée augmente à Montréal (région où le taux d’incidence serait plus que le double de la moyenne pour tout le Québec) affectant majoritairement la population masculine. Le taux d’incidence provincial atteint un pic historique en 2023-2024, période du plus grand nombre d’infections rapportées depuis le début de la surveillance publiée par l’INSPQ en 1998.(pp. 3 & 24-26)

Hourra! 

Au Québec, les praticien.ne.s de santé continuent d’effectuer les prélèvements dans les régions extragénitales (rectum et pharynx), ce qui assure la véracité des données (c’est-à-dire que les données récoltées représentent un nombre assez précis du taux d’incidence réel dans la population québécoise. 

Huée!

En dépit d’espoirs contraires, le nombre de cas de gonorrhée résistante aux antimicrobiens (ce qui comprend la gonorrhée multirésistante) est en hausse. Le tiers des cas analysés en 2023-2024 seraient résistants au plus commun des médicaments antibiotiques dans la dose typique. 

Avertissement

*Notons que la doxycycline en prophylaxie post-exposition (Doxy PPE, pilules prophylactiques qu’on prend suite à un contact à risque) n’est pas très efficace contre la gonorrhée1. Pourtant son adoption répandue sous forme de PPE ne semble pas créer de nouvelles super-gonorrhées, selon une récente étude en France2, mais pourrait augmenter la résistance aux antibiotiques de la classe tétracycline chez certaines souches de chlamydia et de syphilis.   


La syphilis

    1. L’incidence de syphilis chez les femmes continue d’augmenter au Québec, 2x plus de cas chez les femmes en 2023-2024 qu’en 2019, et 3x plus de syphilis congénitale (les bébés nés avec). L’infection à la syphilis étant très dangereuse pour la grossesse et les nouveaux nés, cet accroissement du taux d’incidence est significatif, même si le nombre de cas demeure nettement inférieur au total constaté chez les hommes de la diversité sexuelle et de genre. 
    2. Ceux-ci continuent d’être la population la plus affectée par la syphilis: à l’échelle canadienne, 27% des cas de syphilis sont chez les hommes de diversité sexuelle et de genre3, une communauté qui représente environ 5% de la population générale. 
    3. Le nombre de personnes diagnostiquées avec la syphilis latente tardive (infectées depuis plus d’un an mais vivant sans symptômes) a augmenté de 73% depuis 2019
    4. Quant au volume du cri d’alarme qu’il faut sonner pour la syphilis dans la population (femmes et hommes ensemble), il est intéressant de considérer le tableau comparatif avec d’autres provinces et pays (p. 96):
      • le taux d’incidence au Québec (16/100K) est semblable à ceux de l’Ontario (20/100K), des États-Unis (15,8/100K) et de l’Angleterre (16,7/100K), mais nettement moindre qu’en Alberta (57,9/100K), province qui présente une épidémiologie assez analogue à celle du Québec pour les autres ITSS, normalement. Ces faits comparatifs nous offriraient peut-être l’occasion d’analyser les solutions avancées dans ces régions où les femmes d’ici ou les hommes de la diversité sexuelle et du genre sont affectés par un niveau d’exposition semblable à celui de leur démographie homologue ailleurs. 

    Analyse:

    La croissance de la syphilis au niveau populationnelle est souvent une question de conscientisation chez les infirmières et médecins quant à encourager tous les hommes (célibataires ou pas, en relation monogame ou non) à se faire dépister comme partie intégrale d’un bilan de santé (comme ça fait déjà partie du protocole prénatal).

    Nous présumons que la question de l’accès au dépistage demeure un obstacle (barrières de coûts, entraves au dépistage communautaire, ressenti du niveau de risque inférieur à la réalité) pour les hommes de la diversité sexuelle et de genre vivant dans la pauvreté ou dans les régions et quartiers mal desservis par le système de santé. Quant aux outils de prévention, soit la promotion du dépistage ou la disponibilité de la doxycycline (PPE), on peut faire mieux. 


    Le VIH

    Le taux d’incidence du VIH à Montréal (16/100k) serait plus élevé qu’ailleurs au Québec, mais demeure semblable à celui de la population canadienne. 

    Hourra!

    Le nombre d’hommes de la diversité sexuelle et du genre nouvellement diagnostiqués séropositifs au VIH est en baisse, comparé à 2019. Cette baisse semble être une tendance qui se maintiendra pour ceux qui sont nés au Canada.

    Huée!

    Un manque à combler par rapport à l’accessibilité aux médicaments antirétroviraux – on est loin de la cible de 95% de PVVIH sous traitement, principalement en raison du fait que les médicaments de sont pas disponibles sans frais. Environ 19 500 personnes vivent avec le VIH au Québec; parmi les 17 500 d’entre elles qui connaissent leur statut, on a estimé que seulement 14 500 bénéficient d’un traitement antirétroviral, ce qui leur permettrait majoritairement de rester en santé tout en assurant que le VIH soit intransmissible.

    1. Les estimations de l’atteinte des cibles de l’ONUSIDA effectuées par l’Agence de Santé Publique du Canada pour la prise en charge des cas au Québec en 2022 sont les suivantes : 89 % des PVVIH au Québec savaient qu’elles étaient séropositives; 82 % des personnes connaissant leur statut de séropositivité recevaient des traitements antirétroviraux et 96 % des personnes sous traitement antirétroviral présentaient une charge virale inférieure à 200 copies/mL.

    Hourra! (prise 2!)

    Le nombre de tests effectués (ne prends pas en considération les autotests rapides effectués), s’élève à 507 376, le plus grand nombre de dépistage depuis qu’on commence à récolter et publier les données, soit 5% de plus qu’en 2019


    L’hépatite C

      Le plus ça change! La pandémie de l’hépatite C au Québec a été caractérisée entre 2023 et 2024, par une baisse apparente du nombre de personnes infectées.

      Toutefois, Laurence Mersilian directrice du Centre Associatif Polyvalent d’Aide Hépatite C (CAPAHC) nous rappelle que :

      « L’accès au dépistage est toujours difficile depuis la fin de la pandémie car des cliniques sont reportées, voire annulées, par manque d’infirmières sur le terrain et le dépistage communautaire n’est toujours pas autorisé. Sans compter que les différents enjeux de santé publique et sociaux ne facilitent pas un dépistage optimal. » 

      Note: En août 2025, l’Agence de la santé publique du Canada a approuvé 2 nouveaux tests de dépistage pour le VHC :

      • Le test Xpert de Cepheid, un test de dépistage de la charge virale de l’hépatite C (ARN) nécessaire suivant un résultat positif à un test d’anticorps. Il autorise l’utilisation et l’accès à ce dépistage dans des points de services.
      • Un nouveau test rapide de détection des anticorps par prélèvement capillaire. L’INSTI de BioLytical permet d’obtenir un résultat en moins d’une minute. Il permet l’accès à un dépistage plus rapide et est moins cher que le précédent.

      (Merci à Charly et Laurence du CAPAHC pour leur collaboration précieuse)

      1. Résultats de l’étude DOXYVAC de l’Agence Nationale de la Santé (France), publiés sur le site du Programme national de mentorat en VIH et hépatites. (2024) ↩︎
      2. «Une équipe française étudie la résistance aux antibiotiques chez des personnes sous doxy-PPE (prophylaxie post-exposition à la doxycycline)» CATIE, janvier 2026 ↩︎
      3. «Syphilis infectieuse et syphilis congénitale au Canada, 2023» Relevé des maladies transmissibles au Canada (RMTC), fév/mars, 2025. ↩︎

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